10.06.2009

L'art de la suppression

3604199703_24b0d7d21e_m.jpgDans Notes from a catastrophe : easing the pain of budget cuts, Barbara Fister propose quelques conseils pour faire des suppressions d'abonnements sans trop de heurts en ces temps de crise :

- Transparence : Communiquer régulièrement sur les raisons de ces suppressions, pour faire comprendre à la communauté ce qui se passe réellement dans le monde de l'IST - et pour éviter d'être soupçonné de mauvaise gestion, accessoirement...

- Collégialité : Associer les enseignants-chercheurs aux choix des titres à supprimer, tout en gardant l'autorité pour la décision finale - personne n'a dit que ce serait simple... ;-)

- Equité : Il est important de tenir compte de la taille de chaque département, mais il est tout aussi important que chacun participe à l'effort global.

- Expertise : Les enseignants-chercheurs accepteront mieux les décisions de suppressions s'ils reconnaissent aux bibliothécaires une expertise pour tout ce qui concerne les ressources d'information, quel qu'en soit le support, et les services qui y sont associés (la formation par exemple). Cela suppose de promouvoir régulièrement les bibliothèques et leurs activités.

- Culture locale : Avoir une bonne connaissance du fonctionnement des structures de son établissement, y compris au sein des disciplines (connaître les personnes-relais).

- Pertinence : Discuter avec les enseignants pour définir ce qui est utile, comparer avec ce qui est utilisé ; détecter les besoins éventuels en formation des étudiants.

- Faire le premier pas : Commencer par supprimer ce qui peut l'être dans les journaux et magazines, avant consultation extérieure.

- Aide à la décision : Mettre en avant une pré-sélection de titres (couvrant des thématiques qui ne sont plus enseignées, dont les contenus sont disponibles en OA dans un délai raisonnable...). Proposer de substituer des titres par d'autres.

- Formation : Profiter de la discussion pour sensibiliser les enseignants aux enjeux de la communication scientifique globale, et promouvoir l'Open Access comme une alternative solide.

[photo : marestra]

29.04.2009

Effets de crise

3166734228_7cc6e524d1_m.jpgLes temps sont durs, et la crise touche petit à petit la chaîne de la communication scientifique, si j'en juge par ces informations :
- 7 bibliothèques universitaires de l'American Research Libraries (l'équivalent de notre ADBU, grosso modo) annoncent des coupes franches dans leurs budgets pour 2009 et 2010 minimum ; entre 200 000$ et 1 400 000$ selon les établissements, qui ne sont pas les moins prestigieux : Cornell, Yale, UCLA, MIT notamment - Serions-nous mieux préparés en France, nous qui n'avons pas vraiment l'habitude de gérer l'abondance de moyens financiers ? ;-)
- A l'autre bout, de petits éditeurs (sociétés savantes et presses universitaires) s'inquiètent - à juste titre - d'être les premières victimes de ces réductions massives, et proposent bravement de ne pas augmenter leurs tarifs en 2010. L'élément principal en leur défaveur : les 3 grosses multinationales de l'édition scientifique, qui représentent le plus souvent la part la plus importante de la dépense des bibliothèques, concluent des contrats pluri-annuels et basent leur tarification sur le maintien d'un portefeuille d'abonnements minimum, ce qui élimine toute marge de manoeuvre. Sauront-ils voir plus loin que leurs profits records et entendront-ils les recommandations de l'ICOLC pour une gestion "durable" par temps de crise ?
[photo : fiber!]

26.10.2007

Il est libre, Max

2e3260ef4b7caa58667996439fda8d95.jpgLa Max Planck Society, qui est, en gros, l'équivalent allemand de notre CNRS, vient d'annoncer qu'elle ne renouvellera pas en 2008 son abonnement aux 1200 titres de l'éditeur Springer. "Une évaluation des statistiques d'usage et des comparaisons avec d'autres grands éditeurs ont montré que Springer demandait pour ses revues environ le double du prix considéré comme acceptable par la Max Plack Society."
La Max Planck Society est l'une des institutions à l'initiative de la Déclaration de Berlin, acte de naissance du mouvement de l'Open Access. Je trouve donc cela assez cohérent, comme action.
[credit photo : jpctalbot]

06.10.2006

A contresens

"Il semble de plus en plus urgent que la problématique du libre accès aux données scientifiques soit intégrée aux réflexions qui guident les politiques publiques. En décidant de s’appuyer exclusivement sur la diffusion payante, le CNL donne priorité à des raisonnements qui viennent du papier. Quand des cartons de numéros s’accumulaient dans les stocks des éditeurs, quand la mise au pilon semblait l’inéluctable issue des plus anciens numéros, quand la diffusion gratuite faussait totalement les chiffres de diffusion générale et ne permettait pas de révéler le moindre désir (pour reprendre le mot de Sophie Barluet [rédactrice du rapport]) et encore moins le moindre usage (les revues sont-elles destinées à couvrir des murs ou à être lues ?), on peut s’interroger sur ce complexe du Cyclope. Comment expliquer l’absence de prise en compte de l’hypothèse de la Longue traîne, si fréquemment citée par les professionnels réfléchissant au marché du numérique, et la mise à l’écart de la problématique des usages et des mesures des pratiques de lecture. Ne lit-on vraiment que dans les bibliothèques universitaires et les appartements des derniers particuliers abonnés aux revues, au coin du feu ? Les lectures numériques ne peuvent-elles pas être mesurées et comparées aux lectures analogiques ? Ne peut-on, ne doit-on pas, un jour, confronter les deux univers, les combiner, étudier leurs complémentarités, mesurer l’efficacité réelle de chaque diffusion ? Ne peut-on, ne doit-on pas, très vite, réfléchir aux passerelles entre électronique et papier ?"
Marin Dacos à propos du rapport sur les revues françaises remis au Centre National du Livre en juillet dernier.

20.02.2006

Démission & suppressions

Ted Bergstrom vient de faire passer via Liblicense le courrier de démission de Max Steuer, enseignant et accessoirement responsable éditorial pour une revue d'économie publiée par Emerald. Alerté notamment par les publications de Phil Davis sur les pratiques de republication multiple d'Emerald découvertes l'an dernier, Max Steuer s'est rendu compte que travailler gratuitement pour cette revue confidentielle (qui n'a même pas d'impact factor) facturée à environ 6 000£ par an ne servait pas vraiment l'intérêt de la science ni sa communication au plus grand nombre : "... la politique tarifaire de cette revue n'était pas compatible avec la culture et les pratiques de la communauté universitaire. C'est une erreur de ma part de ne pas m'en être préoccupé avant d'accepter le poste. Je supposais simplement que les coûts et le reste de la politique éditoriale correspondaient en gros au standards du milieu académique. Il s'avère que ce n'est pas le cas".

Par ailleurs, les bibliothèques de l'Université de Louisville, Kentucky, annoncent un déficit d'environ 500 000$ (sur un budget global de 7 millions de $) pour l'année 2006, et donc des suppressions d'abonnement papier et électronique à prévoir, si elles n'obtiennent pas de financement supplémentaire. Un bibliothécaire rappelle que "les versions électroniques peuvent grimper de 10 à 40% par an, alors que les abonnements papier augmentent avec constance de 10% annuellement".

[Infos via Liblicense, OAN, et mon portrait en simpson (vous ne m'aviez pas reconnue ?) sur le simpsomaker]