02.05.2008
Doc électronique pour les débutants (4/5) : Modèles tarifaires
Avant toute chose, il faut savoir que ce secteur est extrèmement mouvant, et que les éditeurs font preuve d'une créativité insoupçonnée dès qu'il s'agit de "business models"...
Pour les périodiques électroniques, on distingue :
- le couplage papier + électronique
2 versions : soit l'électronique est fourni gratuitement avec le papier (c'est le cas par exemple des revues de SHS chez Blackwell, en tout cas avant la fusion avec Wiley), soit il faut payer un supplément en plus de son abonnement papier pour accéder à l'électronique, ce qui permet parfois d'étendre le périmètre de son abonnement à plusieurs sites.
- le tout-électronique
Plus de papier, mais la tarification se base quand même sur le prix de l'abonnement papier... Pour un pourcentage du prix du papier (entre 80 et 95%), on obtient une licence pour un ou plusieurs sites. Ce que demande l'éditeur, c'est que l'université maintienne un chiffre d'affaires minimum, qui correspond à la dépense pour les abonnements papier si on en a, ou à un forfait minimum si on n'en a pas (une sorte de "ticket d'entrée" pour pouvoir bénéficier des conditions tarifaires qui ont été négociées), on dit "flat fee" en VO.
Passons sur le paiement à l'article ou Pay-per-view, relativement peu pratiqué en bibliothèque pour les raisons de gestion qu'on imagine (paiement direct par CB ou compte paypal).
Ensuite, quand on s'intéresse aux bouquets de périodiques (qu'ils soient thématiques ou catalogues complets) ou aux bases de données, il faut souvent prendre en compte le nombre de FTE (Full Time Equivalent) - en français on dit Equivalent Temps Plein (ETP) - il s'agit des étudiants et des enseignants, bref les utilisateurs potentiels (pensez à récupérer tous les ans et à garder sous la main le nombre d'étudiants "officiel" et le nombre d'enseignants auprès de la scolarité et de la DRH, si possible par "discipline SISE", ça vous facilitera la vie). Les tarifs sont souvent proposés par tranche selon ce nombre de FTE. Les bases ou les bouquets spécialisés utilisent le nombre de FTE dans la ou les disciplines qu'ils couvrent. Peuvent aussi être pris en compte pour les calculs de coût le nombre de sites à desservir, leur éloignement les uns des autres.

Enfin l'offre des éditeurs d'une option "open access" permet, pour les auteurs qui le souhaitent, de proposer leurs articles en libre accès, moyennant un coût financé par les auteurs ou les organismes de recherche dont ils dépendent. Pour les bibliothèques, dans un premier temps cela ne change rien*, sauf que l'on pourrait bien voir émerger dans les mois qui viennent de nouveaux modèles économiques, prenant en compte la proportion de publications en open access financées par les auteurs par exemple.
Une autre évolution pourrait aussi être l'utilisation des statistiques d'usage des ressources électroniques : à manipuler avec précaution : si plus j'utilise, plus je paye, selon les cas ça risque de me coûter cher :-) - et de me placer, moi bibliothèque, dans une position ambigüe : je veux que mes acquisitions soient utilisées, mais il ne faut pas que cela fasse exploser mes budgets - plutôt incompatible avec les politiques d'accès illimité et à distance menées un peu partout ces derniers temps, non ?
Quelques mots sur les différents contextes d'acquisition : on achète généralement pour son université, mais les outils et modes d'achat peuvent être liés à d'autres établissements :
- Couperin tout d'abord, le consortium national, qui négocie pour l'ensemble de ses 210+ membres. Petite précision, car je me suis aperçue qu'il y avait souvent confusion : Couperin ne fait que négocier (et c'est déjà beaucoup !), et ne se charge ni de la mise en place des accès, ni de la facturation, ni rien du tout. Une fois que la proposition tarifaire négociée par Couperin est diffusée, chaque université est libre d'y adhérer ou pas, charge à elle de contacter le fournisseur, de gérer la procédure d'achat (marché négocié, facturation via le marché de périodiques, règle des 3 devis...), d'envoyer la liste de ses adresses IP...
- les regroupements d'établissements : on achète une ressource à plusieurs, dans le cadre d'une négociation Couperin ou d'une négociation directe (ça s'est vu), on organise un groupement de commandes (GC) dont l'un des établissements partenaires avance le paiement de la facture globale, puis refacture chaque établissement selon une règle de répartition décidée à l'avance. Comme on me le fait justement remarquer en commentaire, certains groupements de commandes (une dizaine) sont portés par l'ABES, ce qui est considérablement plus souple pour les établissements.
Avantages : les conditions négociées le sont pour toute la durée du GC (pas de mauvaises surprises d'une année sur l'autre), on sort de la logique des marchés individuels (c'est l'établissement porteur qui gère la procédure), souvent il y a une subvention du ministère.
Inconvénients : il est difficile, voire impossible d'entrer dans un GC déjà constitué ; l'établissement porteur doit faire l'avance de sommes importantes, et gérer des procédures d'appel d'offres (jamais très souples).
Il peut exister des regroupements locaux (ex : les 3 universités d'Aix-Marseille), régionaux (ex : les UNR), nationaux (ex : accord national ISI) ; je n'en ai pas pratiqué d'européens pour le moment, mais pourquoi pas.
* à l'échelle d'une université française bien sûr, par contre pour les grandes universités nord-américaines, cela a des implications non négligeables.
J'ai bien dû oublier des choses, n'hésitez pas à me les signaler dans les commentaires !
[photos : amycgx, kiki99, amanda bel]
21:35 Publié dans Business , Doc élec | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note
17.04.2008
Georgia Tech vs Sageoxbridge
Nouvelle offensive des éditeurs pour défendre leurs intérêts : 3 d'entre eux viennent d'assigner en justice la Georgia Tech University, au motif qu'elle met à disposition de ses étudiants une sélection d'articles de revues en texte intégral sur ses propres serveurs - ce que l'on appelle une e-reserve, ie les documents qui vont être les plus consultés car faisant partie d'un cours -, ce qui ne serait pas couvert par la notion de "fair use" et donc violerait le copyright. L'issue de l'affaire risque fort de faire jurisprudence, mettant en balance l'intérêt (commercial) des éditeurs et l'intérêt pédagogique de l'université.
Tout cela pourrait faire indirectement du bien au Libre Accès : après tout, si les articles en question avaient été publiés dans des revues en libre accès, ou bien déposés dans des archives ouvertes, le problème ne se serait pas posé...
(Voir dans ce post de Peter Suber une liste d'une dizaine de sites de cours en libre accès)
[photo : celie]
07:00 Publié dans Business , Open Access | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
10.03.2008
Closed access pour l'ACS
L'American Chemical Society est la société savante de référence de la recherche en chimie (active depuis 1876). Pour ses plus de 160 000 membres, elle organise des congrès, édite des ouvrages et une trentaine de revues scientifiques de haut niveau. Elle produit les Chemical Abstracts : il s'agit au départ d'un index de la littérature scientifique, auquel s'ajoute un ensemble d'outils (SciFinder Scholar) et de bases de données spécialisés, notamment le CAS registry, une base de substances chimiques qui fournit à chaque substance un numéro unique d'identification - une sorte d'ISBN ;-) - largement utilisé par les différents acteurs de la recherche en chimie (plus de 1300 institutions y sont abonnées).
L'ACS est par ailleurs une entreprise florissante, qui représente un chiffre d'affaires de 121 millions de dollars (je ne suis pas bien sûre que ce soit le CA, et j'ai du mal avec les millions, corrigez-moi dans les commentaires) et emploie près de 2000 personnes un peu partout dans le monde.
L'ACS se distingue aussi parce que c'est un éditeur "blanc", selon la terminologie Romeo/Sherpa, c'est à dire un éditeur qui, soit ne s'est pas prononcé par rapport à l'Open Access, soit s'est prononcé contre, et donc n'autorise pas, par exemple, les auteurs à déposer leurs pre- ou post-prints dans des archives institutionnelles ouvertes.
Pas vraiment étonnant, donc, que la société refuse que les données du CAS registry soient utilisées pour alimenter les données chimiques de plus en plus nombreuses que l'on trouve sur le portail de la chimie de Wikipedia : ces numéros sont protégés par le copyright. Pour donner un ordre d'idées, le registry référence 27 millions de substances, on en trouve 1000 à 2000 sur wikipedia... Ce n'est pas une raison, certes ! Mais ce type de restriction va à l'encontre du mouvement de libération des données pour une plus grande dissémination de la recherche scientifique qui semble prendre chez certains chercheurs, notamment en chimie (voir par exemple l'Open Access Organic Dictionnary, dictionnaire spécialisé à utiliser avec votre traitement de textes préféré).
Certains d'ailleurs appellent au boycott pur et simple du registry, et proposent d'utiliser les identifiants de la base libre PubChem, qui, en référençant plus de 20 millions de substances, est désormais une alternative crédible (et compatible avec les directives de dépôt des NIH, ce qui est un atout).
[via OAN] - [photos : D.Miss(terre), most uncool]
10:41 Publié dans Business , Copyright and wrong , Doc élec | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
15.01.2008
Le marché du mardi, n°1
Puisque mes diverses activités pédago-professionnelles ne me laissent guère de temps pour bloguer utile en ce moment, je vais tâcher de me tenir au moins à un post hebdomadaire pour signaler les ressources/infos intéressantes qui tombent dans mon agrégateur :
Bizness
- EZProxy, l'outil de proxy libre sans doute le plus représenté dans le monde des bibliothèques pour permettre les accès à distance, vient d'être racheté par OCLC. Découvert à cette occasion le wiki non officiel d'EZProxy, pour les spécialistes.
- Proquest annonce son nouveau produit Proquest Central comme la base d'articles en full-text la plus complète du marché : + de 8 000 titres couvrant environ 160 disciplines. Ce qui risque de modifier la donne avec ce nouvel acteur, c'est que des éditeurs exploitant jusqu'ici leurs contenus sur leurs propres plateformes font partie du deal, notamment Cambridge University Press, Emerald Group Publishing ou Oxford University Press.
2.0
- Nouvel opus du Common Craft show, cette fois sur le partage de photos en ligne.
- Libguides, le service d'édition de guides de références sur abonnement, connaît un réel succès : près d'une centaine de bibliothèques américaines (essentiellement) s'y sont abonnées. Preuve qu'il y aurait un créneau à prendre pour un produit/service en open source ?
- Schmap, un site de guides touristiques sur le web (gratuit avec pub), utilise des photos de Flickr sous licence CC pour illustrer ses descriptions de sites touristiques et autres activités (voir par exemple celui de Paris)
C'est tout pour l'instant, à croire que je souffre moi aussi du biblioblogo-blues ambiant - pas faux...
[photo : aldor]
18:59 Publié dans Business , Choses en 2.0 , Doc élec | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
06.06.2007
La fin des épuisés
"Désolé, mais ce titre est épuisé." Bientôt une réalité qui n'aura plus cours, si l'on en croit Amazon. En effet la librairie en ligne, via sa filiale Booksurge spécialisée dans l'impression à la demande, vient d'annoncer un partenariat avec une douzaine d'éditeurs américains, qui devrait leur permettre de fournir leurs livres jusque-là épuisés, et accessoirement de distribuer à moindre frais les ouvrages les plus demandés, en gagnant en rapidité sur la livraison par dessus le marché ; finies les ruptures de stock, donc.
07:40 Publié dans Business | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
26.05.2007
Scopus do Braziù
Dans le même genre que l'accord avec Thomson-ISI pour l'accès au Web of Science conclu en France il y a quelques mois, on apprend que le Brésil a négocié avec Elsevier pour la mise à disposition de l'outil Scopus dans 44 universités et centres de recherche, soit 1/4 des établissements de recherche du pays. Pas de détail sur le montant de l'accord, cependant.
[via resourceshelf]
18:35 Publié dans Business | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
01.09.2006
ScholarOne chez Thomson
ScholarOne est une plateforme commerciale de services pour la publication d'articles en ligne : on y trouve en fait un workflow complet qui va du dépôt du manuscrit à l'hébergement de revues électroniques, en passant par la validation par les pairs, la production d'actes de congrès...
Elle fait l'actualité car la société vient d'être achetée par Thomson, qui complète ainsi son impressionnante panoplie d'outils pour la recherche scientifique.
Un chercheur pourra déposer son manuscrit sur ScholarOne, l'enrichir en temps réel avec les références trouvées dans Web of Science, gérer en simultané ces références avec Endnote (qui fait aussi partie du groupe)... un sacré changement dans la production de la recherche ! Et un bénéfice de la concurrence avec les autres acteurs du secteur (Scopus, Google Scholar, Live Academic Search...), qui vont devoir enrichir leurs offres pour se démarquer ; là-dessus, Thomson a pris de l'avance.
Je m'interroge juste, du coup, sur l'indépendance des outils d'évaluation de la recherche proposés par la société : les articles publiés à l'aide de ScholarOne ne seront-ils pas mieux référencés que les autres dans le Web of Science ou le Journal of Citations Report ?
09:55 Publié dans Business | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
26.05.2006
Une autre façon de voir l'OA
La société Elsevier vient d'annoncer qu'elle offre (si j'ose dire) à partir du mois de mai la possibilité à ses auteurs de sponsoriser l'accès libre à leurs articles : pour la modique somme de 3000$ (par article) leurs articles seront désormais accessibles en ligne gratuitement. Pour démarrer seules quelques revues de physique sont concernées (Nuclear physics A & B, Astroparticle physics). 2-3 trucs qui me chiffonnent :
- ces 3000$ sont entendus hors charges liées à l'ajout de d'images en couleurs, charges que certains éditeurs suppriment dans le cadre d'expérimentations OA
- aucune baisse du tarif des abonnements aux revues n'est annoncée (ni même envisagée amha)
- il y a comme un déséquilibre entre accès libre internet / accès payant version papier qui n'est pas compensé (cf point précédent)
- ça va encore compliquer les choses pour l'utilisateur et pour les bibliothèques : c'était déjà pas évident de signaler dans les catalogues et les sites web de bibliothèques les revues gratuites par rapport aux revues payantes, là il va falloir descendre au niveau de l'article, ce que personne ne fait encore à ma connaissance - et est-ce aux bibliothèques de le faire ? Bonne question. Un truc qui serait bien, ce serait que l'éditeur ajoute une ptite case à cocher pour ne faire porter la recherche que sur les contenus en libre accès, mais bon, c'est pas encore au programme.
- et surtout, en attendant, ça fait une source de revenus de plus pour la multinationale : abonnements papier + abonnements électroniques + sponsoring des auteurs = de bien beaux bénéfices en fin d'année...
07:00 Publié dans Business , Open Access | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
25.04.2006
Ca cogite chez Elsevier
Selon Information world review, "Elsevier est en train d'évaluer de nouveaux modèles économiques, qui pourraient coupler des bases d'archives aux abonnements aux revues. Le géant de l'édition scientifique, qui collabore avec les principales bibliothèques, pense qu'il y a une demande pour un retour aux abonnements titre à titre, avec le bénéfice supplémentaire de bases de données exhaustives."
"Les éditeurs ne peuvent pas abandonner, mais doivent aussi se moderniser et rechercher de nouveaux services. Ce que les éditeurs doivent éviter, c'est ce qui est arrivé aux ordinateurs : tous les ans , les utilisateurs attendent un produit de meilleur qualité pour un coût moindre." Dixit Karen Hunter, CEO d'Elsevier.
19:30 Publié dans Business | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
10.03.2006
Des nouvelles de Hollande
Non, je ne vais pas vous parler du secrétaire du PS, mais de notre éditeur scientifique préféré, Elsevier :
- La BU de Cambridge (UK) vient d'annoncer son acquisition de la totalité des archives de Science Direct, en plus de ses abonnements courants. Bien sûr pas d'info sur le coût de l'opération, mais si une seule université peut se le payer, ça ne doit pas être insurmontable ? Quoi que, comme le soulignait encore récemment le fameux rapport de la Cour des Comptes, en matière de budgets d'acquisition, nous n'avons pas les mêmes valeurs que nos collègues européens... Là où c'est de toutes façons une "bonne" opération, c'est qu'en s'abonnant à Science Direct, on est sûr d'avoir accès à tous les titres du catalogue, tout le temps. Ce qui n'est visiblement pas le cas quand on s'abonne à la Freedom collection, si l'on en croit les débats en cours sur la BIMPE : la collection en question ne serait en effet pas des plus stables ; des titres entrent et sortent régulièrement, les accès varient selon les établissements... Finalement, l'UTL (Unique Title List) qui était proposée au départ n'était peut-être pas une si mauvaise solution ?
- Un accès aux pre-prints validés par les revues du groupe ("Accepted manuscripts") depuis Science Direct (communiqué de presse) est proposé depuis février, ainsi qu'une fonctionnalité d'export direct dans Refworks
- Encore une analyse de Scopus
- Et pour finir une présentation sur l'archivage des publications électroniques par la Bibliothèque Nationale de Hollande, proposée lors de la 8ème conférence internationale de Bielefeld (ALL), dont une partie des interventions est archivée dans E-LIS.
Update : toutes les interventions de la 8ème conférence de Bielefeld sont disponibles à l'adresse http://tinyurl.com/ksoc4
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